L'histoire, la mémoire des immigrations et l'action publique
Séminaire ISCRA-Interréseaux Histoire et mémoire, le 6 février 2017 à Montpellier
Ce projet de séminaire, soutenu par le CGET, est le fruit d’une collaboration entre l’ISCRA-Méditerranée et plusieurs réseaux régionaux d’histoire et de mémoire. Il s’agit de proposer un temps réflexif pour les acteurs de l’histoire et de la mémoire des territoires, à partir d’une approche critique, académique et contributive des enjeux de l’action publique en lien avec l’histoire et la mémoire. Nous partons du constat initial que les pouvoirs publics mobilisent depuis une trentaine d’années les thèmes de l’histoire et de la mémoire de l‘immigration, dans le cadre de politiques publiques. Mais l’analyse montre que le récit historique, les activités de mémoire et les cadres référentiels de l’action publique mettent en œuvre des logiques spécifiques qui ne coïncident qu’imparfaitement, chacun répondant à une logique qui lui est propre (logique de connaissance, logique de reconnaissance, logique politique). Ces tensions posent des problèmes de fonds aux professionnels, entre que ce projet tente de mettre en débat, dans une logique de séminaire ou d’atelier.

Matinée : L'histoire, la mémoire, entre outils d'intégration, de lutte contre les discriminations et de promotion de la diversité.
Après-midi : Quelles perspective possibles ?

Avec les réseaux Histoire et mémoire de PACA, Rhône Alpes et Ile de FRance.
Ateliers coopératifs de lutte contre les discriminations
Recherche-action (2016)
Il s'est agi d'intervenir auprès des professionnels qui animent, dans le cadre d'une expérimentation, des ateliers participatifs avec des jeunes en mission locale dans la région PACA, ateliers qui mobilisent l'histoire et la mémoire. Nous avons travaillé sur les difficultés auxquelles sont confrontés les professionnels (niveau de connaissance, accès aux sources, difficulté à articuler les deux dimensions afin d‘accroître leur expertise professionnelle), afin d’élaborer des éléments de réponse.
Pour ce faire, nous avons mobilisé des outils de l'éducation populaire (Petite Histoire/grande Histoire, Arpentage) et avons en particulier traité de la façon d'appréhender l'expression de l'adhésion aux théories du complot.
Histoire, mémoire et politique de la ville
en collaboration avec l'IRDSU (2016)
La loi de refonte de la politique de la ville de 2014 oblige les contrats de ville « à reconnaître et valoriser l’histoire, le patrimoine, la mémoire des quartiers ». Près de trois après l’adoption du texte, qu’en est-il dans les territoires prioritaires ?
Alors même que l’histoire et la mémoire constituent des enjeux essentiels dans le contexte actuel, nous ne disposons pas de vue d’ensemble sur les projets conduits, leur nature, leur ampleur, les enjeux soulevés. Il n’existe pas non plus d’espaces de réflexion pour les professionnels sur ces questions.
Il s'est agi avec la collaboration de l’IRDSU de tenter d’éclairer un point aveugle de la politique de la ville et engager une réflexion collective sur les enjeux professionnels, politiques et scientifiques que soulève la conduite de projets d’histoire et de mémoire dans les territoires prioritaires : Quelle est la nature des projets mis en œuvre ? A quels objectifs répondent-ils ? Quels en sont les effets possibles ? A quelles conditions contribuent-ils à lutter contre les discriminations ?
L'histoire, les projets de mémoire et l'action publique : quels liens ?
Une analyse croisée des enjeux scientifiques et de politique publique (2015)
Le CGET a soutenu en 2015 un travail d'étude portant sur les conditions nécessaires et suffisantes pour que les projets d'histoire et de mémoire contribuent à la lutte contre les discriminations. Nous avons ainsi montré que l’histoire de l’immigration a été mobilisée par les pouvoirs publics dans le cadre de politiques publiques qui se sont sédimentées, et parfois contredites la politique d’intégration, la lutte contre les discriminations, la promotion de la diversité, la politique de la ville... Bien qu’inscrits dans le cadre de ces politiques publiques, le lien entre référentiel d’action publique, historiographie et activités de mémoire est flou, ajoutant ainsi à la logique de sédimentation, des risques de confusion, de concurrence ou de contradiction référentielles... Aussi, il apparaît que la définition même du problème à résoudre, et la place des premiers concernés (tour à tour objets d’histoire, porteurs de mémoire, et/ou auteurs), des professionnels, mais aussi des chercheurs et des artistes, se situent, aujourd’hui encore, dans un espace qui reste doit être investi de façon réflexive. Nous avons en particulier examiné les articulations problématiques entre les logiques des politiques publique, les logiques de connaissance et de reconnaissance des discriminations.
« Histoire et mémoire, action culturelle, et lutte contre les discriminations : quelles articulations ? »
Journées nationales de l'IRDSU, Toulouse, 27-29 août 2014. Atelier en partenariat avec l’ESPACE DES DIVERSITÉS ET DE LA LAÏCITÉ
L’histoire et la mémoire de l’immigration sont un des instruments de l'action publique dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Comment se caractérisent ces entreprises de mémoire ? Quels types de récits véhiculent-elles ? Quels en sont les objectifs explicites ou implicites ? Quels en sont les effets possibles ? Et à quelles conditions, ces projets contribuent-ils à lutter contre les discriminations ?

L’objectif de cet atelier est de contribuer à outiller les professionnels de la politique de la ville qui vont être amenés à travailler sur des projets en lien avec l’histoire et la mémoire. La réflexion collective a été introduite par des éléments de problématisation, suivie d’une visite individuelle de l’exposition de Pascal Blanchard "Histoire des présences arabo-orientales en France" (de 720 à nos jours) puis d’un retour en atelier collectif.
Les catégories d'action publique "Femmes" et "étrangères" : représentations, référentiels d'action publique et enjeux professionnels
Journée d’études DUDsE, Université de Lyon II, 4 avril 2014, Lyon
Cette intervention avait pour but d'interroger le caractère faussement naturel de la catégorie d’action publique « femmes et étrangères » à travers quelques enseignements tirés de nos travaux empiriques sur la culture.
A partir d'un questionnement en terme de référentiel d'action publique, nous avons successivement questionné :
1. Les cadres cognitifs de l’action culturelle à destination des femmes étrangères.
2. Les injonctions normatives qui en découlent et le dégagement de deux figures stéréotypées : celle des femmes "à intégrer", et celle des "femmes intégrées" au travers de l’exemple de la laïcité.
3- Les enjeux pour les professionnels qui mettent en pratique des processus d’ethnicisation et de racialisation du sexisme, à leur défendant le plus souvent.

Le programme complet est consultatable ici : Programme
La lutte contre les discriminations dans le champ de la culture
Un diagnostic réalisé en 2013 pour l'ACSE et la DRJSCS Midi-Pyrénées
Impulsé par la DRJSCS Midi-Pyrénées, ce diagnostic, s’est inscrit dans une réflexion plus large sur l’accès à la culture par les institutions de la région (services de l’Etat et collectivités). Il a pour finalité d’objectiver les freins, éventuellement d’ordre discriminatoire, dans l’accès à la culture des habitants-e-s des quartiers prioritaires, à distinguer la discrimination d’autres mécanismes d’exclusion (les effets des inégalités sociales, du racisme ou encore l’autocensure qui conduit les pu-blics à ne pas s’autoriser l’accès aux œuvres, etc...), enfin à interroger sur la pertinence et l’efficacité des actions soutenues.

Une synthèse des résultats sont présentés dans le document joint.

Des éléments tirés de ce travail ont alimenté la réflexion présentée dans le cadre de la journée d'Etudes, "Femmes et étrangères : quels combats pour quels droits ?", Université de Lyon 2.
Synthèse des résultats
Télécharger le document : DIAG ACSE LCD culture internet.pdf (122 ko)
L'action éducative pour changer les représentations négatives sur l'immigration : comment et pour quoi faire ?
Mise en ligne sur le site du réseau national de lutte contre les discriminations à l'école de la synthèse d'une intervention de Suzana Dukic à Toulouse fin 2013 : http://reseau-lcd-ecole.ens-lyon.fr/spip.php?article61
L'action culturelle en lien avec les mémoires de l'immigration en Languedoc-Roussillon
Une enquête réalisée en 2011 avec le soutien de la DRAC et du Conseil régional Languedoc-Roussillon
Fin 2010, la DRAC Languedoc-Roussillon (Direction Régionale des Affaires Culturelles) a sollicité l’équipe de l’ISCRA-Méditerranée pour la réalisation d’un répertoire analytique régional des actions culturelles en lien avec les mémoires de l’immigration. Plus précisément, la DRAC souhaitait disposer :
- d'un inventaire des projets dans les différentes institutions (Drac, Acsé, services de collectivités) et auprès des associations.
– d’une analyse sociologique de ces projets afin d'en dégager une typologie culturelle.»
Cette proposition initiale nécessitait des co-financements qui n’ont pas pu être réunis dans leur totalité. En conséquence, le projet a été redéployé selon d’autres modalités et une nouvelle configuration.

Si les moyens alloués à l’étude sont fortement réduits, le questionnement posé est sensiblement identique. Il propose d’articuler une réflexion sur les catégories mobilisées dans le champ de l’action culturelle en lien avec les mémoires de l’immigration, selon l’idée que « chaque politique est porteuse à la fois d’une idée du problème (le problème agricole, le problème de l’exclusion…), d’une représentation du groupe social ou du secteur concerné qu’elle contribue à faire exister (les agriculteurs modernisés, les exclus…) et d’une théorie du changement social »1
Aussi, notre questionnement porte-t-il sur :
- les aspects cognitifs du problème public : Les projets d’action culturelle répondent-ils à un problème public ? Si oui, lequel ? La lutte contre le racisme ? L’intégration des immigrés ? La lutte contre les discriminations ? La promotion de la diversité culturelle ? Des objectifs de cohésion sociale ? Comment l’artiste se situe-t-il entre l’offre/la demande institutionnelle et le public ?
- le rapport entre connaissance et action culturelle ; l’interrogation du rapport entre histoire et mémoire (modalités du dialogue entre l’artiste et le chercheur) ; à partir de quels matériaux l’artiste ou le porteur de projets construit-il son récit de l’immigration ? Partant de là, quelles sont les vagues migratoires mises en valeur ? Les spécificités locales sont-elles réinscrites dans une histoire plus large de l’histoire migratoire française ? La question coloniale y occupe-t-elle une place particulière ? Si oui, laquelle ? Quels sont les éventuels effets de stigmatisation ? Les actions mémorielles ou patrimoniales ne renvoient-elles pas de façon trop mécanique à la « culture d’origine » ?
- D’un point de vue normatif, quels sont les leviers susceptibles de les corriger ?
La synthèse de ce travail est disponible au format PDF.
Télécharger le document : ISCRA Synthèse ACHMLR.pdf (384 ko)
L'Autre et l'Ailleurs
Un diagnostic réalisé en 2010 pour l'ACSE et la DRJSCS Midi-Pyrénées
L'ISCRA-Méditerranée a été sollicité par la DRJSCS Midi-pyrénées pour la réalisation de l'évaluation du dispositif départemental L'autre et l'Ailleurs, co-financé par la délégation régionale de l'ACSE et l'inspection académique de la Haute-Garonne. Le dispositif finance, depuis 2005, des projets à vocation artistique oeuvrant à "l'amélioration de la prise en compte de la diversité culturelle au sein des établissement scolaire". Cette commande est financée par la direction de l'Evaluation, des Etudes et de la Documentation de l'ACSE dans le cadre d'une convention de prestation.

Le dispositif évalué porte le nom d’un « thème académique » initié par le Rectorat de Toulouse, en 1994 et repris en 2005 sous la forme d’un dispositif bénéficiant des crédits de l’Inspection Académique de la Haute-Garonne et du FASILD (devenu ACSE en 2006) pour la mise en œuvre de projets culturels par les écoles et des opérateurs associatifs au bénéfice d’élèves du premier et du second degré. Le dispositif prévoit en outre « l’appariement des classes ZEP/Hors ZEP (aujourd’hui RAR/Hors RAR) », c’est-à-dire le travail en commun de classes deux à deux, l’une située en zone d’éducation prioritaires, l’autre pas. Les commanditaires formulent, dans le cahier des charges, les objectifs globaux du dispositif de la façon suivante :
« Favoriser le vivre ensemble » ;
« Lutter contre les discriminations raciales et sexistes »
« Découvrir l’altérité par une approche culturelle et artistique »
« Prendre en compte la diversité culturelle comme élément du patrimoine local et national.
Le thème de l’histoire et de la mémoire de l’immigration constitue un thème privilégié pour expliquer comment s’est construite et enrichie la nation française à partir des apports des étrangers, des immigrés et de leurs descendants. Le partenariat avec les acteurs associatifs permet ainsi la production d’outils visant à combattre les représentations négatives et ainsi légitimer la place de l’Autre par l’histoire. »
La note de cadrage du dispositif évoque, pour sa part, dans ses « objectifs généraux » « la lutte contre les discriminations raciales et sexistes » et « l’intégration des primo-arrivants », dans ses « principes » la nécessité de « développer et favoriser la prise en compte de la diversité culturelle dans les apprentissages scolaires » et dans « les objectifs des projets culturels et artistiques » l’idée « de développer la connaissance de l’Autre à travers la culture, l’histoire et la mémoire de l’immigration en France, de favoriser l’ouverture culturelle des établissement scolaires vers des associations, des établissements hors ZEP, des artistes ».
Les commanditaires de l’évaluation notent également « des dysfonctionnements (persistance de la séparation des filles et des garçons, phénomènes de stigmatisation, de ségrégation sociale et scolaires, de stratégies d’évitement des établissements scolaires par les familles) » dont ils souhaitent questionner l’origine en même temps que « l’efficacité » globale du dispositif, sa « pertinence » au regard des moyens alloués, dans un contexte institutionnel et politique en pleine mutation.

Notre postulat de départ est que le travail d’évaluation est une sociologie (des faits) politique (des systèmes de valeurs et de normes explicites et implicites), qui place l’analyse du socle référentiel dans ses dimensions cognitive, normative et instrumentale au centre de nos analyses. La dimension cognitive nous éclaire sur ce qui fait problème et conditionne la mobilisation des pouvoirs publics (ici en l’occurrence principalement l’Inspection Académique de la Haute-Garonne et la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale). La définition des contours du problème public sur lequel on souhaite agir détermine des normes pour réduire l’écart entre l’idéal souhaité et le réel observé (référentiel normatif). Le référentiel instrumental est celui où les acteurs confrontent leurs solutions, définissent des programmes d'action et mettent en œuvre les projets à partir des référentiels cognitifs et normatifs à leur disposition. Nous avons interrogé le degré de concordance entre les intentions et objectifs des pilotes du dispositif (porteurs de référentiels cognitifs et normatifs descendants) d’une part et l’adaptation, la pertinence des référentiels instrumentaux mis concrètement en œuvre d’autre part. Nous avons postulé qu’il existe une tension référentielle dans la définition des contours du problème public qui impacte les projets mis en œuvre par les enseignants et acteurs associatifs dans le cadre de L’Autre et l’Ailleurs. Travailler cette hypothèse nécessite de faire le porter le regard à trois niveaux distincts. Dans un premier temps nous avons questionné les impacts probables sur le portage de L’Autre et l’Ailleurs, des paradigmes, des référentiels de politique publique (notamment les dimensions cognitives et normatives) à l’œuvre d’une part au sein de l’Etablissement qui a porté historiquement le traitement social de l’immigration (FAS, FASILD, ACSE) et au sein de l’institution scolaire. Dans un second temps, nous avons interrogé les dimensions référentielles de L’Autre et l’Ailleurs et tenté de mieux comprendre les modalités de fonctionnement du dispositif dans ses aspects partenariaux (programmes d’action, procédures, outils) avant de proposer, une analyse significative d’une sélection de projets mis en œuvre. Enfin, nous avons formulé des préconisations en vue d’une possible reconfiguration de l’Autre et l’Ailleurs.
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