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Théories du complot : faire société commune
Les premières réflexions conduites, à l’ISCRA-Méditerranée, sur "les théories du complot » datent de 2015-2016, lorsque, dans le cadre de formation ou de projets conduits par les intervenant-e-s de l’ISCRA sur le thème de la laïcité, des professionnel-le-s (Centres sociaux, Missions locales, Associations...) ont évoqué, de façon répétée, cette problématique comme étant un obstacle, parfois insurmontable, dans la relation avec les personnes accompagnées, particulièrement les jeunes.

Après avoir organisé des ateliers, une univers-cité des savoirs impliqués (avec Marie Peltier) et expérimenté plusieurs actions de formation sur le sujet en 2017, notre approche du complotisme se caractérise par une attention particulière porté au contexte (institutionnel, professionnel…) dans lequel l’adhésion aux théories du complot et une mise au travail des différents outils existants pour les contrer. Rumeurs, croyances et complots, à divers degrés d’adhésion, traduisent une remise en cause du savoir, de ses institutions (Ecole, presse,…) et de leurs représentant-e-s. Ils interrogent la nature de la relation et les rapports de pouvoir entre le-la professionnel-le et les personnes accompagnées.
L’invocation du « complotisme » constitue, souvent, une forme disqualifiée et disqualifiante d’expression de la critique sociale dans un contexte à la fois marqué à la fois par les inégalités sociales et les discriminations.
Aussi, le complotisme engage-t-il donc, selon nous, un rapport politique au savoir dont ne peuvent s’extraire les multiples initiatives des pouvoirs publics et des associations qui se sont fixés comme objectif le développement de l’esprit critique, sous peine de faire de l’anticomplotisme, un nouvel "outil d’oppression symbolique », selon l’expression de Marie Peltier.

Pour aller plus loin, quelques éléments de problématisation
Les théories du complot imposent une figure sombre, une forme comme inversée à celle des lumières dans ce que semble produire la raison humaine que ce qui transparaît dans la vie citoyenne, sous ses angles de la qualité de la vie politique et démocratique.

Cela ne suffit pourtant pas, loin s’en faut à les qualifier, ni à les comprendre. Cette compréhension peut s’engager sur au moins deux axes qui n’amènent pas aux même observations, ni aux mêmes parti pris de construction. Nous pouvons retenir deux perspectives.

Les catégorisations que l’on peut retrouver du point de vue des discours publics, ceux politiques, ceux scientifiques et enfin médiatiques. Il y a en effet une prolifération d’injonctions de tous ordres, des incitations de la part des ministères (éducation nationale, justice, intérieur par exemple), des observatoires des « fake news », de la « post-vérité », des réseaux sociaux et autres tentatives de déjouer ce qui ressortit de cette catégorie très générale.

L’approche peut également se mener « par en bas », en tentant de comprendre comment les théories du complot sont des formes de propos habités, repris, inventés, réinterprétés par des acteurs particuliers, dans des situations de travail contextualisées qu’il s’agit d’examiner.

Il n’y a pas de dichotomie entre ces deux entrées de réflexions, mais elles ne sont pas abordées de la même manière avec les mêmes épistémologies : une approche des problèmes publics dans un cas, une compréhension des logiques d’interactions entre acteurs n’ayant pas les mêmes places dans leurs échanges.

Nos perspectives dans le cadre de l’Iscra seront d’approcher les enjeux que recouvre ce travail d’identification de ce que sont les théories du complot dans l’arène très conflictuelle des débats publics, du fait de la confiscation rhétorique des pensées radicales, des dérives haineuses qui se donnent à entendre en lieu et se présentent comme des évidences sociales.
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