2003
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Le travail social et le partenariat. Projets, alliance et éthique : un enjeu du travail ensemble
12 et 13 juin 2003, Montpellier
La référence au projet sous la forme d’appels ou d’injonctions dans le cadre d’un partenariat est devenue une donnée incontournable de l’intervention sociale et la plupart des intervenants sociaux sont mis en demeure de s’y lancer par leurs institutions respectives.
Assisterions-nous à une forme de pensée unique dans le champ social qui priverait le travailleur social de toute possibilité d’exister en dehors de ce cadre ?
Projet et partenariat seraient-ils ainsi devenus un(e) mode de mise en œuvre de l’action publique, qui face à la complexité de l’intervention sociale contribuerait à établir un environnement consensuel ?
Pourtant cette injonction à projeter et à partenariser confronte les professionnels de l’intervention sociale à un double questionnement : celui de la réalité de leur espace (prescrit ou construit) dans les différentes situations ainsi produites, et celui de l’alliance dans le projet partenarial.

Projet et partenariat : une forme d’engagement (…)

Peut-on considérer que projet et partenariat constituent une entité qui va de soi ? Suffit-il de s’y référer pour que cela devienne une réalité ? Ce rapport fétichisé à cette dimension de l’action n’occulte-t-il pas les (en)jeux entre acteurs, les relations inégalitaires, les rivalités, dans un consensus totalisant ? N’aurait-il pas les effets du « trompe l’œil » qui peut donner l’illusion qu’un mur aveugle est une façade pleine d’ouvertures ?
Ne doit-on pas considérer plutôt le projet partenarial comme une forme d’engagement d’acteurs qui se réfèrent à des valeurs communes, et dont l’enjeu ne serait pas de trouver un compromis dans le but de satisfaire les intérêts parfois contradictoires des uns et des autres, mais de construire dans la confrontation une dynamique de coopération ?
Et dans cette dimension la délibération, la conflictualité ne deviennent-elles pas le moteur du projet en permettant aux différents acteurs de construire un rapport au projet dans un partage de sens, dans un intéressement mutuel qui évolue au rythme de leur réflexion ?
Projet et Partenariat ne pourraient-ils pas ainsi contribuer à définir un espace réfléchi, construit, qui correspondrait à une dynamique, un mouvement à partir duquel les acteurs qui s’y sont impliqués pourraient définir un espace de professionnalité ?


(…) qui articulerait alliance et professionnalité ?

Pour construire un tel espace ne convient-il pas de faire de la délibération une donnée principielle de la dynamique et interroger la notion d’alliance en confrontant les différentes approches ?
L’alliance peut être figée, et tout comme un alliage, conséquence de la fusion de matériaux différents sous l’effet d’une source d’énergie, correspondre à un produit calibré, dont l’utilisation est pré-destinée, elle est dans ce cas du registre des certitudes ; elle peut être à l’opposé engagement, c’est-à-dire constituée d’accords construits à partir d’une confrontation démocratique de différents points de vue, ce qui pose la question de la rigueur des convictions, de la loyauté et crée ainsi un espace d’incertitude. De tels engagements, de telles formes d’alliance dans une conflictualité non évacuée, pourraient-ils être les garants d’une pratique non utilitariste de la dynamique du projet partenarial et contribuer à l’émergence d’une professionnalité qui favoriserait la rupture avec l’entre soi ?
Ne peut-on penser comme Fabrice DHUME que « le partenariat avant d’être méthodologique ou concept est une affaire de liens, d’acceptation de l’autre et de rencontre des différences » ?

Joël AZÉMAR
Février 2002
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Travail social et hospitalité. De l'injonction d'accueil à une professionnalité de la rencontre
21 et 22 octobre 2003, Montpellier
Comment éviter que dans le travail social la question de l’accueil ne se pose qu’en termes de techniques, de dispositifs, de procédures d’agencement de l’espace destinés à gérer le flux de plus en plus important de bénéficiaires de prestations sociales, ou dans des réponses simplificatrices, voire réductrices à des situations sociales symptomatiques.

N’y a t-il pas là un impensé de l’accueil au niveau de sa finalité ? Et sa réduction à la seule dimension technique évite que soit questionné le sens au travers de deux démarches principielles :
- L’une captatrice dans une logique de contention et de contrôle, d’intrusion
- L’autre hospitalière dans une logique de maintenance sociale et d’hospitalité
Peut-on par exemple parler d’accueil lorsqu’en présence d’un mineur étranger isolé le travailleur social ne voit qu’un futur adulte clandestin, faisant ainsi l’impasse sur un présent certes complexe mais ô combien réel, interdisant ainsi qu’advienne une rencontre qui ne soit pas de l’ordre de la fiction ?
Pour permettre à la rencontre d‘advenir, ne doit-on pas exclure de la dimension spatio-temporelle de l’accueil tout ce qui peut faire écran, tout ce qui peut modifier la perception de la réalité que ce soit au niveau des représentations catégorisées du ou des publics (« le toxico », « le SDF », « le jeune errant » ou « la prostituée ») et des pratiques répressives issues du paradigme sécuritaire mise en œuvre ? Nous pouvons également interroger la pratique qui consiste en l’application stricto-sensu de procédures qui de fait ne servent qu’à légitimer une stratégie d’évitement ( symptôme de la « patate chaude »).
Cela ne revient-il pas à poser la question de la rencontre avec l’autre, dans une inconditionnalité, c’est à dire sans qu’aucune condition préalable ne soit posée ?
Cela ne revient-il pas à accepter du déplacement, passer peut être d’une place assignée, prescrite par les dispositifs de l’action publique, à une posture revendiquée, construite ?
Enfin cela ne revient-il pas à accepter le risque d’abandonner le confort de l’état de fait pour l’inconfort de l’état de faire, c’est à dire passer du registre de la professionnalisation à celui de la professionnalité ?

La professionnalité de la rencontre, en rupture avec ces pratiques intrusives, de contention ou d’évitement, pourrait contribuer par contre à créer les conditions qui permettent au contact de s’établir, car le professionnel accepterait de s’engager dans une dynamique de « mise à disposition de soi » maîtrisée, c’est à dire en étant vigilant à demeurer dans une démarche professionnelle, cela signifie qu’il y intègre le fait que la rencontre est la confrontation de deux légitimités aux multiples dimensions, c’est peut-être cela la notion d’hospitalité dans le social, la confrontation de deux hôtes, qui, dans une réciprocité démocratique, intègrent alternativement la posture d’accueillant et celle d’accueilli.

C’est tout ce faisceau de questionnements que nous proposons à l’approfondissement et à un éclairage coopératif dans le cadre de la prochaine Univers-Cité des Savoirs Impliqués.

Joël AZÉMAR
Juin 2003
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