2002
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Le travail social et ses acteurs. Engagement, professionnalité, éthique : un enjeu essentiel pour les travailleurs sociaux
Joël AZEMAR
21 et 22 octobre 2002 à Montpellier

Au cours de la décennie 90 le travail social a été percuté par le mouvement social, ses acteurs confrontés à une crise de légitimité et d'identité. Les valeurs fondatrices du travail social seraient-elles devenues obsolètes du fait des bouleversements liés à la décentralisation, à l'articulation problématique entre social et politique, à la mutation libérale du secteur, à la crise de société ou encore à la massification des problèmes sociaux?

On constate que certains travailleurs sociaux sont tentés par un repli identitaire sur le « métier », le diplôme, faisant ainsi l'économie d’une réflexion sur le sens politique de leur intervention, d'autres recrutés dans le cadre des dispositifs qui parcellisent l'intervention, se retrouvent prisonniers du rapport d'appartenance à ces derniers.
Le défi à relever ne serait-il pas de construire des espaces de pertinence professionnelle qui permettraient aux professionnels de différents horizons en dehors de toute logique instrumentale, de promouvoir du débat, d'installer des passerelles, de construire des singularités professionnelles ?

Cette mise en mouvement dans un partage de sens permettrait à chaque compétence singulière de s’affirmer et à une intellectualité professionnelle de se développer dans la coopération.
Cela nécessiterait de la part des professionnels qu'ils prennent parti, qu'ils sortent de la neutralité techniciste dans laquelle le rapport de subordination les enferme en occultant leur potentiel créatif, qu'ils mettent en tension l'engagement professionnel et l'engagement citoyen ; et passent du registre de «l'objectivité prescrite» à celui de «la subjectivité construite»
Exercer une citoyenneté, en tant que professionnel, c'est interpeller la politique publique de manière critique, énoncer ses effets, oeuvrer à peser sur son élaboration à travers le prisme de sa professionnalité et alimenter le débat démocratique.

Josep Rafanel nous propose une formulation qui semble correspondre à ce que nous nommons une professionnalité de la rencontre, il nous parle de communauté ponctuelle qu'il définit comme « ce moment de rencontre entre les usagers et les professionnels collision, conflit, négociation, coopération, expérimentation, cogestion ou alliance, la communauté ponctuelle est l'exemple même de l'indétermination de la rencontre et de la redéfinition constante de l'usager, des professionnels et de la fonction de l’institution »
Cette posture de la rencontre pose le principe d’une inconditionnalité « ni contrat ni obligation » dans la mesure où les acteurs acceptent le risque d'une affectation réciproque c'est à dire acceptent des changements, des mouvements Comment tendre vers des coproductions multiples que Chantal MOUFFE nomme les «équivalences démocratiques» où chacun accepterait de perdre une part d'identité catégorielle pour acquérir une identité plurielle ?
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